lundi 9 mai 2016

Dragon / Thomas Day

Résumé


Bangkok. Demain.
Le régime politique vient de changer.
Le dérèglement climatique global a enfanté une mousson qui n’en finit plus.
Dans la mégapole thaïlandaise pour partie inondée, un assassin implacable s’attaque à la facette la plus sordide du tourisme sexuel. Pour le lieutenant Tannhäuser Ruedpokanon, chargé de mettre fin aux agissements de ce qui semble bien être un tueur en série, la chasse à l’homme peut commencer. Mais celui que la presse appelle Dragon, en référence à la carte de visite qu’il laisse sur chacune de ses victimes, est-il seulement un homme ?







Mon avis



Thomas Day est un auteur que je ne connaissais que de nom. J'avais bien tenté de lire l'automate de Nuremberg mais le livre m'est tombé des mains. Women in chains me tentait bien mais un peu refroidie par cette première expérience j'ai laissé tombé. Et cela aurait pu continuer ainsi si je n'avais pas lu la chronique de l'ours inculte qui a éveillé mon intérêt et a su me faire passer outre mes réticences. 

Ce n'était peut-être pas le moment idéal pour le lire, après le très sombre Indian Killer, Dragon n'est pas exactement une lecture joyeuse. C'est plutôt une grande claque derrière la tête, qui fait vibrer votre corps de la tête au pied.

Il est difficile de résumé un tel livre, déjà parce qu'il est court et que je ne voudrais pas risquer de trop en dévoiler l'intrigue, et ensuite parce qu'il est très puissant.

Thomas Day est parvenu selon moi à trouver le style cru et réaliste qui convient à son sujet (la prostitution infantile et le tourisme sexuel),  sans jamais tomber dans le voyeurisme et le gore à outrance. Pour autant, l'ambiance est glauque, malsaine, on ne peut pas se sentir à l'aise dans un tel milieu, dans de telles circonstances. On apprécie les quelques traces d'humour pour respirer entre deux coups de poings.

La construction du récit n'est pas chronologique, l'histoire est morcelée, il faudra arriver au bout du roman pour voir la manière dont l'araignée a étendu sa toile. Ce morcellement m'a fait l'effet d'une reconstitution, un peu comme lorsque ayant assister à un évènement  qui nous met mal à l'aise, notre cerveau occulte l'information, et plus tard on y revient, reconstituons la scène et prenons conscience de l'ampleur de ce dont on vient d'être témoin.

J'ai particulièrement apprécié que l'auteur prenne un point de vue d'autochtone et non pas de touriste. Qu'il choisisse des personnages qui vivent à Bangkok, qui sont nés dans le pays, qui font partie du système et qui le jugent de l'intérieur. On échappe vraiment à ce que je craignais, un récit où un aventurier sauveur vient apprendre la vie à ces pauvres gens du bout du monde qui ne savent pas régler leurs problèmes trop aveugles qu'ils sont et redorer l'image de ces touristes bas de gamme.  On sent que Thomas Day s'est documenté à ce sujet, a observé, a vécu cette ambiance. Ce n'est pas un récit de seconde main, c'est un récit de première rage que l'on a laissé mûrir et qu'on a transcendé en une œuvre littéraire aboutie. 

Ce roman et cette rage me touchent d'autant plus que je voyage régulièrement en Asie, et que je suis confrontée à des questions d'éthiques. Le travail des enfants, sans parler de la prostitution, est présent partout et fortement encouragée par la simple présence de touriste comme moi. J'en parle notamment dans cet article, où j'évoque le fait qu'au Vietnam, j'ai fini par accepter l'aide d'une gamine pendant une randonnée : parce que le guide nous a encouragé à le faire car "seul, c'est de toute façon très difficile", parce qu'il n'y a pas l'alternative de demander de l'aide à un adulte.  ça a vraiment marqué mon voyage et je regrette encore d'avoir cédé. On n'est jamais hors du système. J'aimerai beaucoup visiter la Thaïlande, qui a l'air d'être un pays magnifique. Pourtant, sa réputation destination phare du tourisme sexuelle me retient, je ne suis pas sûre d'être prête à faire face à cet aspect du pays. 

Mais une chose est sûre, je suis maintenant prête à me lancer dans d'autres ouvrages de l'auteur.

Ce roman est glauque, difficile, il donne vraiment envie d'être réincarné en autre chose qu'un humain,  mais il touche une certaine forme de perfection, il n'y a rien à changer. C'est lui qui vous change.

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Petit aparté  : ce livre est paru dans la nouvelle collection "une heure de lumière" au Bélial, je trouve le format vraiment convainquant, une sorte de semi-poche avec des romans courts. Je pense me laisser tenter par d'autres romans.
Pour ce qui est du genre du livre, malgré sa parution au Bélial, cela reste pour moi essentiellement du Thriller, on peut se cacher derrière un peu de future ou de fantastique, mais cela reste très très terre à terre. Aussi, je ne le classe pas dans littérature de l'imaginaire.

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