samedi 27 août 2016

Les fantômes de LuLing - Amy Tan



Résumé :

Le passé d’une mère… Le destin d’une fille… Un fascinant voyage depuis la Chine des années 1920 jusqu’à l’Amérique d’aujourd’hui. À quarante ans, Ruth, la fille de LuLing, ne parvient plus à affronter le présent. Les rapports entre la fille américaine et sa mère chinoise sont entachés d’incompréhensions culturelles, de tensions, de secrets enfouis. Tandis que Ruth aimerait rayer d’un trait son enfance avec LuLing, celle-ci, atteinte de la maladie d’Alzheimer, a peur d’oublier son passé… Et ce sont les secrets de la mère qui vont bouleverser le destin de la fille… Au soir de sa vie, LuLing dévoile en effet les mystères de sa vie: son enfance en Chine; l’histoire de sa famille, lettrés et fabricants d’encre renommés, ruinée par une malédiction; son passage dans un orphelinat chrétien et son premier amour; les horreurs de l’invasion japonaise; la montée du communisme; puis la fuite vers Hong Kong et les États-Unis… LuLing nous transporte dans un monde sauvage, torturé, où les traditions et les superstitions passent avant l’amour, où les femmes libres et cultivées sont pour tous un danger.

Mon avis :

Je vous l’annonce tout de suite, c’est un gros coup de cœur. J’avais déjà adoré « noyade interdite » mais « les fantômes de LuLing » le surpasse encore.

C’est un roman encore une fois très bien écrit, où l’on va du présent de Ruth et LuLing à des flashbacks dans leur jeunesse respective : pour l’une dans la campagne chinoise, pour l’autre aux Etats Unis. Dans cette histoire, les mots sont d’une grande importance, d’abord parce que Ruth est écrivain-fantôme, et qu’elle doit donc traduire les pensées de ses clients en un livre, ensuite parce que sa mère n’a jamais réussi à maîtriser complètement l’anglais ce qui rend parfois la communication difficile… Mais surtout… comment vous donnez envie sans vous spoiler ? Disons qu’il est question de mots qui détiennent les secrets de toute une vie mais dont on arrive pas à se souvenir et d’obsession à la limite de la folie qui ont pour source les plus belles histoires.

L’auteur nous offre également une fine analyse des relations mères-filles, de l’impact des traditions culturelles ou familiales dans la construction de l’individu et par extension, de leur influence sur toute la culture familiale. On découvre également l’impact de la grande Histoire sur l’histoire des petites gens, le lot d’arrangement, de secrets et de douleurs qu’il entraîne. La relation entre Ruth et LuLing est difficile, la relation entre LuLing et sa famille l’est aussi. Cela pourrait être un conte cruel, si Amy Tan n’avait pas le talent et l’amour nécessaire pour en faire une histoire de reconnaissance de l’autre dans sa réalité, dans sa propre personnalité, de compassion, de réconciliation et d’apaisement.

C’est un roman très émouvant, parfois douloureux, mais plein de beauté, de nuances. L’histoire est en partie autobiographique (vous trouverez ici l’histoire de l’auteur  ).

Amy Tan est un auteur qui a reçu des critiques d’une part de des auteurs sino-américain & de la communauté car ils estiment qu’elle donne une vision stéréotypée de la famille chinoise immigrée mais également qu’elle réécrit les grands classiques chinois à la sauce américaine. Je vous laisserais donc les références d’analyse et d’interview d’autres auteurs sur ce sujet (en anglais). La critique porte essentiellement sur le Club de la Chance, son premier roman, mais la suit tout au long de sa carrière : ici, , et encore là.

Ce que je peux personnellement en dire en tant que lectrice concerne uniquement la partie du récit qui se passe en Chine, pour laquelle j'ai des points de comparaison.
> Le témoignage de Luling présente tout de même des similitudes avec ceux compilés par l’auteur Xinran (née en 1958 en Chine, installée à Londres depuis 1997, Amy Tan est née quant à elle en 1952) dans les ouvrages que j’ai pu lire (en l’occurrence Chinoises, Mémoires de Chine, Messages de mères inconnues*.).
> Les fantômes décrits dans le roman me semblent assez proches de ce que je peux lire dans les recueils traditionnels ou dans la revue jentayu sur le sujet.



Si les histoires d’Amy Tan ne peuvent bien sûr pas prétendre représenter toute une communauté et sa variété d’individus, s’il est certes très intéressant de voir comment la culture chinoise « populaire » de sa mère, se mêle à la culture « américaine » de la fille, ce n’est pas l’unique attrait de ses écrits : les questionnements de ses personnages ont une portée universelle.   C’est un énorme coup de cœur pour moi.




* ceux-ci sont uniquement des essais, mais Xinran écrit également d’excellents romans comme baguettes chinoises ou les funérailles célestes, n’hésitez pas à jeter un œil à sa biblio, comme vous pouvez le constater, je suis fan !

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